Effectivement la partie est loin d'être gagnée: Orange va devoir faire des choix très robustes comme nous l'avons déjà dit ici. Les banques vont aussi riposter comme elles l'ont fait avec ING Direct en son temps. Le régulateur protège aussi les banques classiques avec de fortes barrières à l'entrée. L'assurbanque est globalement un échec, les banques des constructeurs ou de la distribution avaient des objectifs très réduits.
 Les clients ne se précipitent pas non plus vers la banque en ligne (souvent détenue par les banques classiques et sélective) ni la banque mobile. Nous sommes sur une évolution en 10 ou 15 ans pendant lesquels il faudra supporter des investissements et des pertes avec des recettes bien maigres. Guy Laplagne.
 
L'Usine Nouvelle.com
Vendredi 8 janvier 2016 - 16:30 GMT+1
Pourquoi les banques ne tremblent pas (encore) devant Orange

Oui, les banques surveillent de près les faits et gestes d'Orange, qui va essayer avec Groupama de les alléger de quelques parts de marché...

 

Mais elles ne tombent pas des nues : l'opérateur n'est pas le premier grand groupe extérieur au secteur à essayer de les concurrencer.

 

Les géants de la distribution et de l'automobile ont déjà tenté leur chance, mais de manière moins ambitieuse.

 

Orange tente une incursion dans le secteur bancaire avec Groupama. Coup de tonnerre pour les banques ? Pas tant que cela : elles ont déjà essuyé les tentatives de conquêtes de nombreux groupes de l'automobile et de la grande distribution.

 

Le groupe dirigé par Stéphane Richard a annoncé le 4 janvier un partenariat avec la filiale bancaire de Groupama. Les négociations toujours en cours entre les deux sociétés pourraient conduire Orange à racheter 65% de la banque en ligne. Les 35% restants demeureraient aux mains de l'assureur.

 

Des attaques multiples

 

"Les banques subissent les assauts d'acteurs extérieurs à leur secteur depuis de nombreuses années", souligne Sylvie Monthorin-Racapé, managing director chez Investance, cabinet de conseil en organisation dédié à l'évolution du monde de la banque, de la finance et de l'assurance.

 

Dès 1974, Renault a lancé ce qui s'appelle aujourd'hui RCI banque, une branche spécialisée dans le crédit à la consommation et dans l'assurance auto. Au départ concentrée sur l'automobile, la filiale du groupe propose depuis juin 2015 à ses clients vivant au Royaume-Uni d'ouvrir un compte épargne classique, comme pourrait le faire un établissement bancaire traditionnel.

 

Même mouvement dans le monde de la grande distribution : Carrefour a créé un département financier en 1981 (Carrefour Banque), qui a notamment développé une carte de crédit. Il offre une série de produits financiers à ses clients (crédit à la consommation, produits d'épargne et d'assurance), venant directement concurrencer ceux des banques.

 

Un temps précieux

 

Les acteurs traditionnels de la finance ne se contentent pas de subir des attaques de grands groupes extérieurs à leur secteur : pour préparer l'explosion de l'utilisation des sites bancaires mobiles, ils ont eux-mêmes essayé de mettre un pied dans la téléphonie. En 2005, le Crédit Mutuel était la première banque à proposer à ses clients des forfaits mobiles. BNP Paribas a suivi en 2011, en collaboration avec... Orange!

 

Pour mettre le pied dans des secteurs méconnus, les entreprises optent souvent pour des partenariats ou des joint-ventures, mais décident aussi parfois de développer des structures en interne. Orange n'a pas pu opter pour cette dernière option, car "dans le monde de la finance, les barrières à l'entrée sont importantes. En s'associant à Groupama banque, l'opérateur disposera directement d'un agrément bancaire, ce qui devrait lui faire gagner beaucoup de temps", explique Sylvie Monthorin-Racapé.

 

Un temps précieux pour l'opérateur, dont le projet est très ambitieux : il veut aller plus loin et plus vite que Renault, Carrefour, et tous les grands groupes tricolores qui avaient jusque-là tenté des incursions dans le secteur financier. L'entreprise veut générer dans ce seul champ 400 millions d'euros de chiffre d'affaires dès 2018, projetait le PDG Stéphane Richard en mars 2015, lors de l'annonce de la nouvelle stratégie d'Orange, Essentiel 2020.

 

Un début d'expérience dans la banque

 

Services de banque au quotidien, d'épargne, de crédits et d'assurance... La future Orange Banque, dont le lancement est prévu pour 2017, sera une banque mobile à part entière. Pour développer une offre solide, l'entreprise compte embaucher des banquiers et mise aussi sur sa petite expérience des services financiers : son service de paiement et de transfert de fonds Orange Money a attiré sur le continent africain plus de 15 millions d'utilisateurs, même si les enjeux ne sont pas les mêmes qu'en Europe, car la population est là-bas beaucoup moins bancarisée.

 

L'opérateur a également lancé en Pologne en octobre 2014 une banque en ligne. Orange Finanse a été développée en partenariat avec mBank, filiale du groupe allemand Commerzbank. L'application mobile compte plus de 100 000 utilisateurs.

 

Orange veut également capitaliser sur l'expérience des 500 salariés que totalise Groupama banque. Mais la filiale de l'assureur n'était pas sa première option : elle aurait préféré travailler avec Boursorama ou le Crédit Mutuel Arkéa (les négociations avec les deux sociétés n'ont pas abouti).

 

La banque en ligne n'est pas dans une forme olympique : en 2014 un peu plus de 4500 nouveaux comptes seulement ont été ouverts, c'est deux fois moins que l'année précédente. Pour redresser la barre, l'opérateur va devoir déployer une stratégie efficace dans un secteur très règlementé où ses concurrents, les acteurs traditionnels du secteur, fourbissent déjà leurs armes...

 

© 2016 L'Usine Nouvelle.com. Tous droits réservés.

http://www.usine-digitale.fr/article/pourquoi-les-banques-ne-tremblent-pas-encore-devant-orange.N372503