Espérons surtout que les clients bancaires vont retrouver davantage de concurrence (dans un univers véritablement régulé) et d'accompagnement dans leurs projets robustes car les banques classiques sont de plus en plus à bout de souffle, augmentant sans cesse la tarification tout en dégradant les services avec une totale inertie des institutions chargées de les réguler. 

Guy Laplagne

Finyear (site web)

Mercredi 6 janvier 2016 

Les banques risquent de se faire Amazoner


Entretien avec Damien Guermonprez Président de Lemon Way, Payment Solutions for the New Digital Economy. articles liés Devoir de vigilance : un difficile équilibre entre maÃ

Entretien avec Damien Guermonprez Président de Lemon Way, Payment Solutions for the New Digital Economy. articles liés Devoir de vigilance : un difficile équilibre entre maîtrise des risques fournisseur et réalité économique ? La numérisation concerne tous les secteurs L'assurance-crédit à la carte, nouvelle innovation d'Ellisphere Hubert de Vauplane - rapport Blockchain Frédéric Lévy-Morelle, Fondateur CEO de Look&Fin Damien Guermonprez Damien Guermonprez bonjour, jusqu'où peut aller la désintermédiation de la finance ?

Il est certain que nous avons atteint une étape supplémentaire dans la désintermédiation des professions financières avec l'arrivée des pratiques de la finance collaborative, les plateformes de financement participatif mettant directement en relation porteurs de projets et investisseurs.

Mais on assiste aussi au mouvement inverse avec l'arrivée de nouveaux intermédiaires qui accentuent l'intermédiation comme les sites comparateurs ou certains sites de crowdlending qui agissent en tant que courtiers pour les acteurs historiques du crédit à la consommation.

Si nous avons l'impression que le mouvement de désintermédiation se poursuit dans le secteur bancaire, c'est que la vitesse des transactions s'accélère au même rythme que la pénétration digitale qui nous laisse penser qu'il y a moins d'intermédiaires. Ils sont souvent aussi nombreux que dans le passé mais exécutent plus vite les opérations bancaires et se font davantage discrets, voire transparents.

Pensez-vous que les FinTechs banque peuvent un jour supplanter les banques ?

Les banque n'ont pas attendu les FinTechs pour investir dans la technologie. A l'inverse, les FinTechs sont capables d'évoluer pour devenir des banques. Oui, certaines FinTechs deviendront des banques, c'est une certitude. Certaines en ont déjà le statut mais se gardent d'en avoir l'apparence pour donner une image plus moderne.

Qu'apportent les FinTechs pour les clients ?

L'assurance de traiter avec un spécialiste contrairement aux banques qui ont souvent privilégié une approche généraliste. La certitude aussi d'être surpris par une façon nouvelle de répondre à un besoin. Enfin, un prix souvent inférieur quitte à ne pas avoir le confort d'un service client apporté par une agence bancaire.

Comment les acteurs de la FinTech se positionnent-ils dans l'univers de la banque et du paiement ?

Les FinTechs se concentrent, de façon disruptive, sur un seul produit comme le ferait un « category killer » face à un hypermarché bancaire. Elles répondent de façon immédiate à un besoin grâce à une technologie « temps réel » difficile à imiter pour les banques qui fonctionnent avec une technologie « batch » sur des systèmes robustes mais moins agiles.

Quelles solutions proposez-vous en termes de paiement mobile, et comment pourrait se développer ce marché ?

Lemon Way est née en 2007 pour offrir des solutions de paiement mobile. Nous sommes devenus les spécialistes en répondant aux multiples usages qu'en font les utilisateurs. Notre marché démarre plus rapidement en Afrique comme on pouvait s'y attendre. Nos solutions couvrent tous les types de terminaux utilisés et nous sommes agnostiques en termes d'opérateurs télécom, ce qui représente un avantage concurrentiel important. En Europe, le développement du paiement sans contact va enfin permettre le décollage du paiement mobile car il fallait que l'utilisateur y trouve un avantage par rapport à l'utilisation de sa carte de paiement, moins présente en Afrique.

Les FinTechs peuvent-elles faire tomber toutes les barrières ?

Non, la barrière règlementaire ne tombera pas car c'est l'intérêt de personne. Elle est la garantie de développer un système qui dure dans le temps en évitant les excès. Ainsi, le développement des « crypto currencies » ne se fera que de façon encadrée ou ne se fera pas. Plus généralement, l'adoption de nouvelles marques ou solutions par le grand public est possible parce que la confiance est là. Les nouvelles directives européennes en matières de Services Financiers ont fixé un cadre qui protège les consommateurs, renforce la transparence et crée les conditions nécessaires à une saine émulation entre les acteurs dans un espace économique plus important que les Etats-Unis. Si des barrières sont tombées, ce sont celles entre les pays de cet espace européen. Cela crée des opportunités pour une génération entière d'entrepreneurs FinTech.

Quelles seront les FinTech de demain ?

Celles qui auront séduit le plus grand nombre d'utilisateurs par leur usage étonnement simple, sans défaut et vendu au juste prix.

Quelles menaces pour les banques contraintes de remettre en cause leur traditionnel business modèle?

L'offre des banques est souvent peu différenciée et tend à le devenir de moins en moins avec la disparition programmée de nombreuses agences qui faisaient la différence sur le terrain. Donner l'accès de leurs données aux TPPSP (Third Party Payment Service Providers) représente une des menaces les plus importantes pour elles car elles perdront l'avantage que représente le contrôle de l'information, la matière première de la banque.

L'énorme avantage qu'auront ces nouveaux acteurs, les TPPSP, en dehors du fait d'apporter aux clients la valeur ajoutée qu'ils attendent, est de pouvoir le faire à partir de données en provenance de plusieursbanques, ce que ces dernières ne pourront pas faire. C'est un peu comme si les banques devenaient les marchands d'un Amazon qui connaitrait mieux leurs clients qu'elles. En d'autres termes, elles risquent de se faire « Amazoner ».

Damien Guermonprez, merci d'avoir répondu à nos questions et rendez-vous très prochainement dans un nouveau numéro de Finyear. © Copyright Finyear. Propos recueillis par la rédaction de Finyear.

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La Tribune (France), no. 5871

Focus, mercredi 6 janvier 2016, p. 11

Les acteurs non bancaires se font une place au soleil des services financiers

Christine Lejoux

L'opérateur de télécommunications Orange a annoncé le 4 janvier être entré en négociations exclusives avec Groupama Banque, en vue de lancer son offre de banque mobile début 2017. Un secteur également convoité par les géants du Web.

Il est évidemment trop tôt pour savoir si Orange, qui a annoncé le 4 janvier être entré en négociations exclusives avec Groupama pour racheter 65% de la filiale bancaire de l'assureur, s'imposera dans les services financiers. Mais la seule décision de l'opérateur de télécommunications de se développer dans la banque mobile tend à prouver qu'il existe bel et bien une place pour les acteurs non bancaires dans ce secteur. Difficile, en effet, d'imaginer qu'Orange, une entreprise d'autant plus prudente que l'Etat figure parmi ses actionnaires, se soit lancée la fleur au fusil dans la banque en ligne, sans s'être au préalable entourée d'une armada de conseillers. Non, si le groupe dirigé par Stéphane Richard a décidé de partir à la conquête des services financiers, c'est parce qu'il s'estime légitime sur ce terrain.

De fait, selon un sondage réalisé en septembre par le cabinet de conseil en stratégie Simon-Kucher & Partners, et publié le 11 décembre, 19% des Français interrogés se disaient prêts à devenir clients d'Orange au cas où l'opérateur télécoms proposerait des services bancaires. Une proportion qui plaçait Orange devant ses concurrents Free (18%) et SFR (14%), mais également devant les Gafa (Google (18%), Amazon (16%), Facebook (16%) et Apple (15%)), dont les velléités de développement dans le secteur bancaire relèvent du secret de polichinelle. « Facebook semble s'orienter, du moins sur le marché américain, vers des prestations financières, à commencer par la possibilité d'envoyer des sommes d'argent à ses contacts », rappelle Simon-Kucher. De leur côté, Apple et Google ont investi le créneau des paiements et pourraient bien ne pas en rester là, à l'image d'Amazon, qui, non content de proposer du paiement en ligne, a élargi l'été dernier sa diversification au crédit aux PME en Europe.

Les géants chinois du web dans la course

« Les usages quotidiens de multiples services en ligne entraînent un certain mélange des genres », explique Simon-Kucher. En effet, quoi de plus pratique, à l'avenir, que de passer par une plateforme unique, qui proposerait toute la panoplie des services en ligne, de l'achat de biens de consommation courante à la souscription de produits bancaires, en passant par la lecture de médias? C'est bien pour offrir toujours plus de services à leurs clients que les géants chinois du Web ont multiplié les incursions dans les services financiers, l'an dernier. La banque en ligne WeBank, détenue à 30% par Tencent, opérateur de la très populaire messagerie WeChat, a ouvert début 2015 et totalisait déjà 3 milliards de yuans (427 millions d'euros) prêtés à la fin septembre. Une somme identique à celle revendiquée par My Bank, lancée en juin par Alibaba, le numéro un chinois du commerce électronique. Il y a moins de deux mois, c'était au tour de Baidu, le « Google chinois » de prendre pied dans la banque en ligne, en partenariat avec le groupe financier Citic Bank.

Les partenariats avec des acteurs traditionnels de la finance semblent d'ailleurs être un éléments-clé pour permettre aux nouveaux entrants de se développer dans les services bancaires. Les chiffres sont en effet éloquents : alors que 16% seulement des Français interrogés par Simon-Kucher envisagent d'utiliser Facebook pour certaines opérations bancaires comme le transfert d'argent à des amis, la proportion des personnes intéressées grimpe à 30% si elles ont la certitude que le réseau social opérera en partenariat avec une banque. « La question de fond reste la légitimité des acteurs majeurs du « online » à proposer des prestations bancaires en toute autonomie », souligne Simon-Kucher.

Banque complémentaire ou concurrente?

Il faut dire que, malgré le capital-sympathie dont bénéficient les géants du Web auprès des consommateurs, les banques continuent de se poser là, en tant que tiers de confiance. D'après la 29ème édition de l'Observatoire de l'image des banques, publiée le 8 juillet par la Fédération bancaire française et l'institut de sondages BVA, 87% des Français ont moins confiance dans les Gafa que dans les banques, en matière de sécurisation de leurs données et de leurs transactions bancaires. Un chiffre qui ressort à 76% dans le cas des opérateurs de téléphonie. Orange ne s'y est pas trompé, qui a choisi de prendre purement et simplement le contrôle de Groupama Banque afin de lancer « Orange Banque » en France, début 2017.

Celle-ci proposera toute la gamme des services bancaires, de la banque au quotidien aux placements, via l'assurance et le crédit à la consommation. Pour autant, que les établissements bancaires traditionnels se rassurent, Orange Banque aura davantage vocation à être une banque complémentaire que la banque principale de ses clients. Se substituer à la banque habituelle de leurs clients, c'est pourtant le but poursuivi par la plupart des « pure players » de la banque en ligne, afin de rentabiliser la relation bancaire. Car si tous sont des filiales de groupes bancaires, ils opèrent sous des marques différentes de celles de leur maison-mère, ce qui génère d'importants coûts d'acquisition de clients. Mais justement, le « business model » d'Orange Banque est différent, cette dernière pouvant capitaliser sur la notoriété de l'opérateur de télécoms.

Illustration(s) :

© Regis Duvignau / Reuters

© 2016 La Tribune. Tous droits réservés.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/banque/les-acteurs-non-bancaires-se-font-une-place-au-soleil-des-services-financiers-540374.html

 

Les Echos, no. 22101

Idées & Débats, mercredi 6 janvier 2016, p. 9


Les éditoriaux des « échos »

Les banques face au défi de la mobilité

GUILLAUME MAUJEAN

Cela fait bien longtemps que nos téléphones nous servent à autre chose qu'à passer des coups de fil. En quelques années, ils se sont transformés en véritables couteaux suisses. Ils font office de réveil, de lampe-torche, d'appareil-photo ou de mini-caméra. Ils nous donnent accès à notre courrier électronique, remplacent le journal pour s'informer le matin, deviennent des écrans pour regarder des programmes audiovisuels, écouter de la musique, jouer en ligne ou partager ses derniers exploits sur les réseaux sociaux... Et,parfois, il nous arrive de téléphoner avec.

On ne compte plus le nombre d'industries chamboulées par ces nouveaux usages. Et la banque ne sera pas la moindre d'entre elles. D'ici cinq ans, nous dit une étude récente de KPMG, le « mobile banking » va doubler de taille pour toucher 1,8 milliard d'utilisateurs. Il est déjà devenu la norme dans plusieurs pays d'Afrique comme en Corée du Sud ou en Pologne. En France, le marché n'a pas encore vraiment décollé. La plupart des grands réseaux bancaires ont certes leurs applications dédiées. Les spécialistes, qui sont souvent des filiales de grands établissements comme Boursorama (Société Générale), Hello Bank (BNP Paribas) ou Fortuneo (Crédit Mutuel Arkéa) ont commencé leur percée. Et il est désormais possible de payer ses achats dans certains commerces avec son smartphone. Mais la vague n'a pas tout renversé sur son passage. Pas encore.

L'offensive d'Orange, qui vient de porter son dévolu sur Groupama Banque pour lancer son offre bancaire, pourrait accélérer les choses. Tout comme les ambitions d'un Apple ou d'un Samsung dans les paiements. Car, pour les nouvelles générations, les banques seront dans la poche ou ne seront pas. Déjà, la plupart des trentenaires utilisent chaque jour leur mobile pour consulter leurs comptes, gérer leur budget ou virer de l'argent. Ils s'en servent aussi pour contacter leur conseiller, par voix ou par tchat. On ne fréquente désormais plus les agences que pour des circonstances exceptionnelles, à l'occasion d'un emprunt immobilier ou d'un divorce. Et de nouveaux acteurs émergent - les FinTech - qui révolutionnent à leur tour les habitudes de consommation bancaire. Bercy rêve de renforcer la concurrence entre banques et de faire baisser les frais bancaires en facilitant la mobilité d'un établissement à un autre. Pas la peine de se fatiguer. La banque mobile va faire le travail à sa place.

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